Chlore et plantes : quelle quantité préserver ?

1,4 million de piscines privées en France. Autant de bassins, autant de litres d’eau chlorée vidangés chaque année. Pourtant, la plupart de ces eaux ne disparaissent pas dans les égouts : elles finissent souvent dans les jardins, arrosant pelouses, massifs ou potagers, malgré la réglementation. Cette tolérance, largement répandue, s’accompagne d’une vigilance de plus en plus marquée sur la quantité de chlore réellement absorbée par nos plantes.

Les recherches menées par l’INRA sont sans appel : au-delà de 0,5 mg/L de chlore, la majorité des végétaux subissent des dommages notables. Certains produits désinfectants utilisés pour les piscines dépassent largement cette limite, bouleversant la structure du sol et la vigueur des plantations au fil du temps.

Chlore et arrosage : ce qu’il faut savoir avant d’utiliser l’eau de piscine ou de spa

Avant de verser l’eau de piscine ou de spa sur vos plantations, il est indispensable de mesurer précisément la teneur en chlore. La réglementation française est stricte sur ce point : ne jamais dépasser 0,5 mg/l pour l’arrosage. Un taux supérieur perturbe la vie du sol, fragilise racines et feuillage, et peut menacer tout l’équilibre microbien du jardin.

La prudence commence dès la vidange du bassin. Laissez l’eau reposer à l’air libre plusieurs jours pour permettre au chlore de s’évaporer. Évitez tout ajout de traitement chimique à ce moment-là : la nature fait son travail, réduisant peu à peu les résidus nocifs. Munissez-vous d’un testeur de chlore pour contrôler la qualité de l’eau avant utilisation : c’est la seule façon d’être sûr de ne pas dépasser les limites acceptées.

Voici quelques précautions à observer avant d’utiliser cette eau pour l’arrosage :

  • Si l’eau de piscine a été traitée au brome ou à l’oxygène actif, vérifiez aussi leur présence résiduelle avant tout arrosage.
  • Tenez l’eau éloignée des plantes potagères, des jeunes pousses et des racines superficielles.
  • Ciblez le sol lors de l’arrosage, évitez de mouiller directement le feuillage.

L’eau potable arrive elle aussi avec sa dose de chlore, mais celle-ci reste stable et sous contrôle. Ce qui fait la différence, c’est la régularité du dosage et la surface concernée. Pour les grands jardins, mélanger l’eau de piscine reposée à de l’eau de pluie dilue les risques. Les terres argileuses ou légèrement acides absorbent mieux le chlore, tandis que les sols sableux, plus vulnérables, laissent filer les substances actives vers les racines : prudence et tests répétés s’imposent alors.

Quels impacts le chlore peut-il avoir sur les plantes et le sol du jardin ?

Le chlore bouleverse discrètement mais sûrement la vie du jardin. Dès l’arrosage, il s’infiltre dans la terre, modifie les interactions organiques et ralentit la croissance de certaines plantes. Les racines absorbent ce composant parfois au détriment des nutriments indispensables à la bonne santé des tiges et du feuillage.

Tout dépend du sol. Sur une terre argileuse, un arrosage occasionnel avec de l’eau de piscine passe souvent inaperçu. Mais sur un substrat sableux, le chlore se propage vite jusqu’aux racines les plus délicates. Certaines plantes, comme les légumes-feuilles ou les jeunes semis, montrent leur sensibilité sans détour : tâches brunes sur les feuilles, extrémités desséchées, croissance ralentie.

Les principaux effets à surveiller sont les suivants :

  • Le chlore nuit à l’activité microbienne du sol, pilier de la fertilité du jardin.
  • En répétant les arrosages, la flore souterraine s’appauvrit et le sol perd en capacité de rétention d’eau.
  • À la longue, la plante s’étiole, le feuillage jaunit, la vigueur disparaît.

La tolérance au chlore varie d’une espèce à l’autre. Les aromatiques et les vivaces rustiques encaisseront mieux que la plupart des légumes du potager ou des annuelles. Observez vos plantations : racines paresseuses, feuilles ternes, croissance en berne sont autant de signaux d’alarme. L’impact du chlore se joue sur la durée, influant sur la texture du sol et le rythme de l’arrosage pour toute la saison.

Comprendre la composition de l’eau traitée et les seuils à respecter pour préserver la végétation

L’eau de piscine ou de spa combine plusieurs agents désinfectants : chlore, brome, parfois oxygène actif. Leur fonction : assainir l’eau, mais ils doivent être maîtrisés avant tout usage au jardin. L’eau potable du réseau affiche une teneur en chlore inférieure à 0,5 mg/L, une valeur qui permet à la plupart des plantes ornementales de prospérer. Au-delà, les végétaux les plus fragiles montrent rapidement des signes de fatigue.

Pour contrôler le taux de désinfectant, plusieurs solutions existent : testeur de chlore, bandelettes spécifiques ou testeur électrométrique. Il est recommandé de vérifier que le taux de chlore libre soit inférieur à 0,3 mg/L avant chaque arrosage. Un pH proche de 7 sécurise aussi l’équilibre du sol. Même si le brome ou l’oxygène actif semblent plus doux, attendez leur dégradation complète avant toute utilisation sur les plantations.

Quelques mesures permettent de limiter l’impact de ces produits :

  • Le thiosulfate de sodium neutralise le chlore dans l’eau, protégeant ainsi la croissance et la couleur du feuillage.
  • Adaptez la quantité d’eau à la surface à irriguer ; évitez tout excès pour ne pas saturer la terre en résidus chimiques.

En gardant un œil attentif sur la composition de l’eau, vous offrez à votre jardin et à votre potager des conditions propices à un développement harmonieux. Surveillez la réaction des plantes après chaque arrosage, adaptez la fréquence, et vérifiez régulièrement les paramètres de l’eau. Ces gestes simples font la différence saison après saison.

Jeune technicien vérifiant la piscine dans le jardin

Bonnes pratiques et alternatives pour un arrosage responsable sans risque pour l’environnement

Préserver la qualité du sol et la vitalité de ses cultures repose sur quelques habitudes simples mais décisives. La meilleure ressource reste l’eau de pluie, récupérée grâce à un récupérateur : zéro chlore, une minéralisation douce, un geste gratuit et durable. L’eau reposée, laissée à l’air libre 48 heures au minimum, constitue une autre possibilité, car cette pause favorise l’élimination naturelle du chlore.

  • Un système d’irrigation goutte-à-goutte permet de maîtriser l’apport en eau, réduit le stress des plantes et limite les pertes de nutriments dans le sol.
  • L’ajout ponctuel de thiosulfate de sodium dans l’eau élimine les traces de chlore restantes.
  • Pour les jardiniers urbains, les déchlorinateurs domestiques offrent une solution simple sans modifier la qualité gustative de l’eau du robinet.

Privilégiez un arrosage tôt le matin ou en soirée : cela limite l’évaporation et protège les racines contre les variations thermiques. Complétez ce mode d’arrosage par des bio-stimulants naturels ou extraits d’algues : ils renforcent la vitalité des plantations sans perturber l’équilibre du sol. Réutiliser l’eau, qu’elle vienne du spa ou du jardin, demande toujours une analyse précise des taux de chlore et autres résidus : c’est la seule porte d’entrée pour un arrosage qui respecte la nature… et la promesse d’un jardin qui ne s’essouffle jamais.

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